Communiquer avec un ado: pas toujours facile ...

December 12, 2016

"Ma vie, c'est vraiment de la merde!"... telle a été la réaction de ma fille, 15 ans, à l'ouverture du colis qu'elle attendait depuis des semaines: le fournisseur s'était trompé d'article. 

Vocabulaire inapproprié, réaction démesurée? à nos yeux, oui sans aucun doute, mais elle s'explique du point de vue de l'adolescent.

Communiquer efficacement avec un adolescent requiert d’abord de comprendre son point de vue, son fonctionnement et ses besoins afin d’utiliser les canaux de communication les plus adaptés.

 

Les spécificités biologiques de l’adolescence

Comme pour plusieurs espèces animales, l’adolescence représente la période à laquelle “l’animal” sort du cercle familial pour aller fonder son propre foyer.

Cette situation implique de sortir d’une situation de confort pour aller vers une situation inconnue et donc dangereuse. L’attrait pour le risque apparaît d’ailleurs chez plusieurs espèces animales pendant l’adolescence. Il serait expliqué par cette nécessité naturelle de sortir de la situation sécurisée et pour aller vers cette situation plus dangereuse.

De même, l’exacerbation des émotions permettrait aux espèces d’être plus sensibles et donc plus vigilants aux dangers potentiels que représente cette nouvelle situation.

Finalement, “l’animal” qui sort du nid pour former un nouveau foyer devra “combattre” ses congénères pour trouver l’âme soeur et le lieu de son nouveau foyer. Cette nécessité pourrait également expliquer la faible empathie disponible à cette période.

 

Les spécificités du cerveau de l’adolescent

A l’adolescence, on observe de grands changements dans le cortex préfrontal qui gère notamment plusieurs fonctions cognitives telles que:

  • la prise de décision

  • la planification

  • le contrôle et inhibition des actions qu’on pourrait regretter (ie: anticiper les conséquences de ses actes)

  • l'empathie

 

Cette maturation n’explique pas tous les comportements à elle seule. Si c’était le cas, le comportement des enfants avant l’adolescence serait encore pire! C’est plutôt cette immaturité couplée à d’autres phénomènes qui apparaissent à cette période qui conditionnent le comportement général de l’adolescent.

 

Alors que le cortex préfrontal finira son développement à la fin de l’adolescence, le système limbique termine son développement au début de l’adolescence.

Le système limbique regroupe notamment les fonctions de mémoire et de production des émotions (agressivité, colère, peur, anxiété, …).

On voit donc que l’adolescence représente une période unique pendant laquelle le système limbique est mature et fonctionnel alors que le cortex préfrontal ne l’est pas encore.

 

En conséquence à cela, les adolescents prennent plus de risques si le contexte est émotionnellement chargé. En d’autres termes, l’adolescent est tout à fait capable de raisonnement logique si le contexte émotionnel est faible, c’est à dire si le contexte est hypothétique. A l’inverse, dans une situation de vie réelle, où le contexte émotionnel est fort, l’adolescent base sa décision sur ses émotions plutôt que sur ses capacités intellectuelles. Il s’agit ici de la combinaison de 3 phénomènes:

  • le manque de maturité du système de raisonnement

  • couplé à l’hypersensibilité du système limbique aux émotions que procure la prise de risque

  • Couplé à la pression reçue par les pairs

 

Ce constat explique aussi que l’adolescent cherche davantage la récompense court terme (satisfaisant le système limbique) plutôt que les bienfaits à long terme (satisfaisant la raison).

 

L’adolescent utilise principalement le cortex préfrontal médian pour ses décisions sociales (comprendre et interagir avec les autres) alors que cette zone n’est plus utilisée chez l’adulte. Les experts considèrent que ce processus explique la faible compétence empathique des adolescents. D’ailleurs l’empathie des filles semblent se développer autour de 13 ans alors que l’empathie des garçon diminue au début de l’adolescence, se développe pendant l’adolescence pour atteindre la maturité vers 16 ans.

 

 

 

Ses besoins spécifiques

La violence vient toujours d’un besoin (tel qu’exprimé par Maslow) qui n’est pas assouvi. En cas de violence ou de comportement difficile, il est intéressant de comprendre la strate qui n’est pas assouvie.

 

Les besoins doivent être assouvis de bas en haut:

 

 

 

Besoins physiologiques

Des vetements adaptés à la saison et aux activités, un sommeil suffisant, une alimentation saine … sont autant de facteurs nécessaires pour combler les besoins physiologiques.

 

Les signaux d’alerte:

Une fatigue excessive, l’irritabilité, les problèmes de santé, l’absentéisme à l'école, la faible concentration sont autant de signes qui doivent alerter l'adulte.

L’attitude de l’adulte:

L’observation de ces signes ainsi que le rappel bienveillant de ces besoins peut éviter à une situation de prendre trop d’ampleur. Lorsque nécessaire, la communication entre parents et enseignants pourra aider à renforcer ces besoins essentiels.

 

 

Besoin de sécurité

Pour se sentir en sécurité, l’adolescent doit avoir confiance en les personnes qui l’entourent (pairs et adultes). Il doit prendre du plaisir à être à l’école et à faire les activités proposées, se sentir à l’abri des menaces aussi bien à l’école qu’à la maison. Mais gardons en tête qu’il souhaite aussi être “cool”.

 

Les signaux d’alerte:

L’isolement, le mépris de l’autorité, les conflits (verbaux ou physiques), le manque de discipline, des signes de stress ou d’anxiété, le vandalisme sont autant de signes qui doivent alerter.

L’attitude de l’adulte:

L’attention portée à ces signaux peut permettre d’agir.

La bienveillance et le respect ou au contraire, la moquerie, l’humiliation aussi bien de la part des autres adolescents que de l’adulte peuvent avoir de lourdes conséquences sur le sentiment de sécurité. N’oublions pas que l’adolescent a une faible empathie. Il est donc de la responsabilité de l'adulte de veiller à ce que la bienveillance prévale tout en les aidant à ressentir ce que l’autre pourrait ressentir.

Une présentation explicite des dangers peut aussi permettre d’ouvrir les yeux des adolescents sur les conséquences de certaines pratiques.

Puisque les émotions sont exacerbées à cette période, des techniques de gestion des émotions et les techniques de résolution de conflit seront des outils précieux pour le maintien de la sécurité.

 

 

Besoin d’appartenance

Comme n’importe quel humain, l’adolescent doit se sentir intégré et reconnu par le groupe. Alors que l’enfant plus jeune a besoin de son cercle familial, l’adolescent cherche l’appartenance au sein de ses pairs. Il ne cherche plus la considération de ses parents mais celle des autres adolescents et de fait, les critères d’évaluation changent. Etre sage, bien travailler à l’école… sont remplacés par être cool, bien habillé, avoir beaucoup d’amis…

 

Les signaux d’alerte:

Un élève seul pendant les temps libres, le manque de respect entre les élèves, une faible participation à la vie scolaire, sont autant de signes d’alerte.

L’attitude de l’adulte:

Si nécessaire, l'adulte peut présenter à l’adolescent certaines habileté pour développer du lien avec les autres. N’oublions pas que l’adolescent a une faible empathie, il peut être utile de lui présenter le ressenti de l’autre de façon explicite.

Une présentation explicite des méthodes de travail en groupe, de gestion des émotions ou de résolution des conflits peuvent également aider à développer l’intégration dans le groupe.

 

 

Besoin d’estime

L’estime de soi se traduit par un fort sentiment de compétence, d’être utile et d’avoir de la valeur. Les adolescents avec une bonne estime sont autonomes et démontrent une plus forte identité.

 

Les signaux d’alerte:

La dépendance à l’adulte, le besoin d’approbation constant, le manque d’initiative, une faible participation en classe peuvent montrer une faible estime de soi

L’attitude de l’adulte:

Publier les résultats, mettre en avant les initiatives, valoriser le travail et les efforts, encouragement par les pairs, montrer la confiance qu’on porte dans l'adolescent sont autant d’approches qui peuvent aider à développer l’estime. Plutôt que de féliciter à grands coups de “tu es génial”, “tu es vraiment intelligent”, … qui pourraient à la fois attirer la moquerie des autres ou faire perdre la confiance, la description détaillée sera un meilleur moyen de féliciter (ex: “le projet que tu m’as rendu était vraiment détaillé, tu as dû regarder de nombreuses sources”; "je comptais sur toi pour débarrasser le lave-vaisselle, tu l'as fait comme prévu, c'est vraiment agréable de pouvoir compter sur toi"). Les détails feront la preuve de la sincérité de l’appréciation.

 

 

Besoin d’accomplissement de soi

L’opportunité de faire ses propres choix, de se développer, d’accroître son potentiel nourrissent l’accomplissement.

 

Les signaux d’alerte:

De faibles capacités à réinvestir ses compétences dans d’autres domaines, des projets qui ne sont pas menés à leur terme, un décrochage sont des signes qui peuvent alerter.

L’attitude de l’adulte:

Puisque l’adolescent a encore une faible capacité à planifier, organiser, anticiper, l’apport de méthode méta-cognitives (notamment apprendre à s’organiser, à s’auto-évaluer) semble très utile. L’encouragement à la persévérance peuvent aider les adolescents en difficulté.

Pour tous, donner des occasions de faire des choix, de prendre des responsabilités sont de bonnes pratiques pour révéler l’accomplissement de soi.

 

 

Références:

  • Ted talk Sarah-Jayne Blakemore, June 2012, The mysterious workings of the adolescent brain

  • Linda Bendjafer, L'art de communiquer avec son adolescent, mai 2014

  • Adele Faber & Elaine Mazlish, How to talk so teens will listen & listen so teens will talk 

  • Commission scolaire des Semares, Trousse d’information et d’intervention sur les élèves présentant un TDAH au secondaire 

  •  B.J. Casey,a Rebecca M. Jones,a and  Todd A. Hareb, 2008, US National Institutes of Health, The Adolescent Brain

  • Sue Shellenbarger, Wall Street Journal, 15 oct 2015, Teens are still developping empathy skills

  • Review of Bunce, D. M., Flens, E. A., & Neiles, K. Y. (2010). How Long Can Students Pay Attention in Class? A Study of Student Attention Decline using Clickers. Journal of Chemical Education, 87, 1438-1443

  • Implications of Affective and Social Neuroscience for Educational Theory, by Mary Helen Immordino-Yang, Educational Philosophy and Theory,Vol. 43, No. 1, 2011

 

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