Oublie princesse, je veux être ingénieur

April 3, 2017

Enceinte de moi, ma mère monte sur l'échelle pour cueillir des cerises. Ma grand-mère s'exclame: "ton fils montera à l'arbre aussi chercher des cerises !" Et mon grand-père de répondre: "les filles aussi ça grimpe aux arbres !".

 

Effectivement, dernière née de la famille et seule fille au milieu d'une tribu de cousins de sexe exclusivement masculin, j'ai grimpé aux arbres, attrapé des salamandres et entretenu notre "sentier de la guerre" dans la forêt avec le reste du groupe. Dans ma chambre, les poupées partageaient l'étagère avec les voitures et les jeux de construction. 

Je suis aujourd'hui ingénieur en mécanique, mariée et j'ai deux enfants. 

 

Ma féminité va bien, je vous remercie. 

 

Vendredi, je faisais partie du jury d'évaluation d'un projet d'entreprenariat mené par des élèves ingénieurs. J'ai été frappée par la distribution des rôles dans les groupes projet. Les filles ont systématiquement été nommées (?) au poste de responsable communication, responsable financier, ... Aucune d'elle n'a été en charge de la partie technique. Pourtant, elles sont toutes élèves ingénieurs et possèdent les mêmes capacités techniques que leurs homologues. 

 

L'étude* de 3 chercheurs américains publiés en Janvier 2017 montre que les stéréotypes sont en place chez les enfants dès l'âge de 6 ans ! A cet âge, les enfants associent déjà les garçons à l'intelligence innée et les femmes à la relation sociale. Ces croyances ont des effets démontrés sur leur choix d'activités, et plus tard, sur leur choix de carrière. Les filles ont notamment plus de difficultés à s'engager dans des professions assimilées au génie ou à la "brillance" intellectuelle puisque beaucoup d'entres elles sont convaincues que l'intelligence est innée. 

 

D'où viennent ces stéréotypes ? Comme toutes les autres compétences que développe l'enfant, ce sont les expériences qu'il vit qui influencent leur construction. 

 

Les stéréotypes prennent leurs racines dans tout l'environnement de l'enfant: les lectures, le marketing, les jouets, les activités, les films, l'attitude des parents, des enseignants, ... 

 

Avez-vous déjà remarqué le nombre de livres qui parlent de superhéros féminins? ou le nombre de livre qui montrent un papa en congé parental ? Le site québécois Kaléidoscope propose des "livres jeunesse pour un monde égalitaire" et référence des ouvrages prônant l'égalité des sexes. 

 

Le développement des compétences spatiales est une condition à la compréhension des mathématiques et des sciences. Au plus jeune âge, les jeux de construction, de manipulation, d'exploration alimentent ces compétences spatiales. Pourquoi devraient-ils être réservés aux garçons ? 

 

Les compliments des parents peuvent aussi avoir un rôle à jouer. Sans parler des commentaires "un garçon ne pleure pas", "une fille ne tape pas", qui construisent des représentations sexuées très marquées, nous pourrions rappeler constamment à nos filles que les compétences s'acquiert par le travail et qu'elles ne sont pas innées. Si nous félicitons l'effort plutôt que de nous extasier sur la bonne réponse, les filles montreront plus de résilience. 

 

Nous pourrions aussi débattre du modèle de parent que nous incarnons à la maison: qui fait le ménage, qui répare les fuites ? Quels termes utilisons-nous pour commenter le comportement d'une femme qui se met en colère à la télé ? Quelles discussions engageons-nous avec nos enfants sur les propos de D. Trump envers les femmes ? 

 

Parlons aussi de nos limitations de mamans: lors d'une expérience, les scientifiques ont demandé aux mamans d'estimer l'angle de la pente que serait capable de descendre leur bébé avant de mesurer la pente maximale sur laquelle le bébé s'engageait sans crainte.

L'expérience a montré 2 résultats intéressants: 

- les bébés étaient capables de descendre la même pente maximale indifféremment de leur sexe ! Démontrant ainsi que la prise de risque n'est pas corrélée au sexe avant que la culture n'ait eu le temps de faire son travail de limitation

- les mamans de petits garçons ont estimé correctement l'inclinaison à 1° près. Les mamans des petites filles ont systématiquement sous-estimé la capacité de leur fille. Démontrant ici l'influence probable des mamans à freiner les élans de leur fille et à restreindre leur capacité à prendre des risques. 

 

Les enseignants aussi ont leur rôle à jouer. Les chiffres du Haut Conseil à l'Egalité sont très clairs:

  • les évaluations des élèves sont différentes selon leur sexe : à même niveau, les commentaires des bulletins de note apprécient le « travail » des filles quand les garçons « ont des capacités » inexploitées (impliquant que les filles sont besogneuses et les garçons compétents)

  • les enseignants interagissent en moyenne plus fréquemment en classe avec les garçons (56 %) qu’avec les filles (44 %) ;

  • dans les programmes comme dans les manuels scolaires, l’importance des femmes est minorée et elles restent cantonnées à des rôles traditionnels : dans les manuels français de lecture de 1ère année de primaire, les femmes représentent 40  % des personnages et 70  % de ceux qui font la cuisine et le ménage, mais seulement 3  % des personnages occupant un métier scientifique ;

  • les sanctions disciplinaires concernent très majoritairement les garçons (entre 76 % et 84 % des élèves punis sont des garçons) qui peuvent avoir tendance à interpréter le système punitif comme un moyen de se faire valoir et d’affirmer leur virilité ;

  • inversement, les filles sont plus lourdement sanctionnées pour des comportements inappropriés puisqu’on attend d’elles plus de docilité ;

  • Les enseignants mobilisent les garçons et les filles pour des objectifs différents (ex: les filles seront choisies comme auxiliaire alors que les garçons sont appelés pour des tâches nécessitant de la force physique)

  • enfin l’orientation des filles et des garçons reste toujours très sexuée. Malgré une meilleure réussite scolaire en moyenne, les filles se concentrent sur un éventail plus restreint de formations puis de secteurs professionnels souvent moins prestigieux socialement et moins bien rémunérés. 

 

Développer équitablement chez tous les futurs adultes les qualités dites "féminines" (empathie, lien social, motricité fine...) et les qualités dites "masculines" (force, compétition, aptitude spatiale, ...) devrait être l'ambition de tous les parents et de toutes les écoles.

 

 

 

 

Comme le dit très bien cette papillote dévorée en rédigeant ce post: il ne tient qu'à chacun de nous de construire un monde plus égalitaire.

 

Le premier pas consiste à prendre conscience de notre impact dans la situation actuelle.

 

Je vous laisse libre de choisir votre deuxième. 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Bian, Lin, Sarah-Jane Leslie, and Andrei Cimpian. «Gender Stereotypes about Intellectual Ability Emerge Early and Influence Children’s Interests.» Science 355.6323 (2017): 389-91. Print.

 

 

 

 

 

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